La cruauté des Romains est symbolisée, au même titre que les combats de gladiateurs, par une forme particulière de sanction pénale : la condamnation aux bêtes, qui consistait à déléguer à un animal (lion, léopard, ours, taureau ou encore sanglier) la mise à mort d’un criminel dans l’arène. Sa représentation a été brouillée par des stéréotypes dus, notamment, à la littérature chrétienne, au point d’être condensée en une expression : « les chrétiens aux lions ! ». Était ainsi figée l’image de cette exécution spectaculaire. L’étude précise de ce supplice, en vigueur de l’époque hellénistique à l’Antiquité tardive, révèle cependant une réalité bien moins uniforme mais très instructive sur la justice dans l’Empire romain, sur la société romaine ou encore sur la conception que l’on se faisait des animaux produits dans l’arène.
La condamnation aux bêtes, socialement inégalitaire puisqu’elle s’applique aux esclaves, aux prisonniers de guerre ou aux couches les plus modestes de la société, a pour objet d’exclure le condamné de la cité, en le rejetant dans le monde de la sauvagerie. Les animaux y sont traités comme des acteurs à part entière d’une exécution pénale dont l’issue leur appartient. Elle offre au public un spectacle témoignant de la puissance de Rome, dans lequel le corps des pires criminels est mis en scène afin d’inspirer un sentiment ambigu d’effroi mêlé de volupté. Ce supplice prend en outre une coloration toute particulière quand il est appliqué aux chrétiens, soumis, par l’entremise de l’animal, à une forme de justice divine.