Niakaramandougou, 2002. Le pays se coupe en deux. Aman, jeune instituteur sans matricule, reste seul dans son école quand les autres descendent vers le sud. Il y tiendra neuf ans, payé en retard, en ignames, parfois pas du tout.
En 2011, un titulaire arrive avec une lettre d'affectation, et Aman n'a rien à lui opposer. Il redescend au village de sa mère, en pays Agni, où un cousin lui confie quatre hectares de vieille cacaoyère. Il défriche, il replante, il tient ses comptes dans un cahier. Reste la question que personne ne pose à voix haute : de qui tient-il cette terre ?
Ici, c'est la matrilinéarité. On hérite par les femmes. Aman avait sept ans quand sa mère a quitté le village, en 1984, et il ne saura jamais tout à fait pourquoi. Quinze ans plus tard, devant un guichet, il cherchera encore le mot juste pour dire ce qui le rattache aux siens.