« F... moi la paix » est l'histoire d'une expérience artistique et d'une aventure de groupe, réunissant quatre artistes contemporains parmi les plus importants du Moyen Orient : Ayman Baalbaki, son frère Said Baalbaki, Serwan Baran et Abdul Rahman Katanani, et Barbara Polla, écrivain, galeriste, et initiatrice du projet. Devant le vide de représentations artistiques contemporaines consacrées à la paix – non pas en opposition à la guerre mais à la paix pour elle-même – les quatre artistes, qui savent ce que guerre veut dire, ont décidé de conduire la réflexion plus loin : comment représenter la paix ? Ils sont venus à Genève, ville de paix, à la galerie Analix Forever, pour créer en liberté – et donc, peut-être, créer en paix. JiSun Lee, vidéaste coréenne, a quant à elle filmé ce qu'elle a baptisé : Peace in progress. À défaut de représenter la paix en tant que telle, les artistes ont créé en paix. Ils ont improvisé, à l'écoute l'un de l'autre, ils ont partagé la résidence exiguë, les moments magiques, les longues nuits de création, les repas dans la galerie. Et une « figure » possible de la paix a émergé de leurs ÅÂuvres : la tente. La tente est devenue une forme possible à donner à la paix. La tente ? On y entre quand on est invité, on y partage le repas et l'amour, on y met au monde de nouvelles vies, on y fume le calumet de paix. Et un beau jour, on démonte la tente et on s'en va. On s'en va avec elle, mais sans autres possessions, sans territoire, sans pouvoirs – et donc sans guerre ? Cela semble trop simple. Et pourtant, les tentes de « FâÂ- moi la paix » ont été créées ainsi, telles des « toits de paix » dans un espace lui aussi sans possession et sans pouvoir. Le livre raconte cette aventure en mots et en images et Barbara Polla y esquisse quelques concepts philosophiques liés à la paix, de Freud à Levinas. La lecture proposée est à la fois ludique et profonde. Mais entre l'expérience-exposition et la publication de ce livre, il s'est écoulé un an et demi, pendant lequel le paysage mondial de la paix s'est encore assombri. La tentative d' « utopie agissante » proposée ici n'en est que plus essentielle.