Isiba s'en alla. S'enfuyant de ses pas, il se retourna à plusieurs reprises, et lorgna sur cette page de son existence qui se refermait. C'est alors qu'il la vît. Cette partie de son âme restée vivre dans le quartier des artisans. Il la vît sentir le matin arriver. Puis, une fois touchée par la sérénité, sortir et aller vers le marché déjà animé de la cité. Il la vît arpenter les ruelles du village ; ces endroits gais et bavards, rapportant un aspect si simple de l'existence. Il la vît, ce jour d'été, aimer pour la première fois autour du monument des rois ! Rêver debout, sur cette place où reposait le symbole d'un peuple de rois ! Exister, là où rien d'autre n'avait existé ! Bientôt, il la laissa s'évader vers les courses folles de son enfance. Ces temps non lointains, où sa vie était belle, et même éternelle ; lorsqu'à l'extérieur, tout était si magnifiquement peint. Sous l'ombrage qu'offrait le cailcédrat de la place du village, il la vît alors occupait sa mémoire pour l'éternité. " Tu étais heureux quand tu ne savait pas" laissait- elle sagement entendre. Puis, ne se retournant plus, il partit.