Ce roman est un souvenir d'écriture de jeunesse. Il parle la langue de ce temps-là, quand on avait le verbe haut et qu'on se causait en argot, au zinc comme dans la rue.
Jeudi 9 avril 1964, deux heures et demie du matin, dans l'arrière-salle du Balto, rue de Douai. Fernand Malandain annonce belote et rebelote, gagne la partie, puis s'allonge sur le tapis vert, la joue sur les cartes.
Le lendemain, le docteur Weiss, qui n'a jamais ri de sa vie, lui laisse le choix : quinze ans dans un jardin, ou trois mois dans l'arrière-salle.
Soixante-trois piges, dix-huit ans de règne à Pigalle. Un bar, un cercle de jeu qui n'existe pas sur le papier, deux autres rades et une blanchisserie à Saint-Ouen qui lave plus que des draps. Fermer, jamais. Fernand va vendre. Pas au plus riche : au meilleur.
Les candidats passent à l'essai, un mois chacun. Un gérant tellement honnête qu'il déclare les gains au fisc. Deux frères marseillais incapables de tomber d'accord sur le prix de l'amidon. Un fils de famille sorti d'HEC qui veut remplacer les entraîneuses par des hôtesses en uniforme. Et un jeune voleur de voitures que Fernand a refusé, et qui ne s'en va pas.
Pendant ce temps, à Montreuil, les Ferracci attendent qu'il casse sa pipe pour se servir. Et Fernand, exilé à Nogent-sur-Marne, fait connaissance avec les tomates, le voisin qui les arrose et le silence d'une maison de banlieue.
Fernand raconte dans l'argot du Paris de 1964, celui des rades de Pigalle, des tripots et des titis de Ménilmontant. À l'époque, c'était la langue de tous les jours ; il ne la traduit pas. Les mots les plus rares sont expliqués en bas de page.
À Pigalle, tout se vend. Encore faut-il savoir ce qu'on possède.