Le Myanmar n'est pas une carte postale blessée, ni une énigme exotique pour voyageurs en manque de vertige moral. C'est un pays confisqué, traversé par la junte militaire, les frontières armées, les minorités marginalisées, la crise rohingya, la surveillance, l'exil, les déplacements forcés et une guerre intérieure que le monde regarde toujours avec un retard presque professionnel.
Lilly Hac démonte la mécanique d'un État capturé : comment l'armée est devenue ossature du pouvoir, comment la Constitution a verrouillé la démocratie, comment le fédéralisme a été traité comme une menace, comment les Rohingyas ont été privés de nom, de citoyenneté et de sécurité, comment les ressources, jade, teck, gaz, routes frontalières et économies de guerre, nourrissent ceux qui tiennent la cage.
Ce livre ne vend pas la résistance comme une consolation. Il regarde les forces civiles et armées, les jeunes, les femmes, les minorités, les exilés, les moines, les journalistes, les prisonniers, les villages bombardés, les écrans coupés et les mémoires qu'on tente d'effacer. Résister ne veut pas dire gagner. Mais se taire revient déjà à laisser la junte écrire la fin.
Myanmar : Ombres et résistances est une autopsie politique, historique et humaine d'un pays que les récits faciles ont trop longtemps réduit à quelques images : Aung San Suu Kyi, les pagodes, les Rohingyas, la junte, Bagan, les réfugiés. Ces images existent. Elles ne suffisent pas. Et sur un pays pareil, l'insuffisance devient vite une forme propre d'effacement.